LA CONFUSION À PROPOS DU LÂCHER-PRISE

Abandonner. Tomber. Échouer.
Oubli. Faiblesse. Renoncement.
Des mots pouvant pour certains évoquer le lâcher-prise.
Comme un état de résignation, que nous prêtons en définitive injustement à cette possibilité de retour au calme mental.

Le lâcher-prise ne signifie pas faire “comme si de rien n’était”. L’affirmation “ça m’est égal !” peut cacher un ressentiment, nous maintenant ainsi dans une résistance déguisée.
Il ne se rapporte pas non plus à une forme de léthargie, laissant faire sans agir. Lâcher-prise n’est pas endurer passivement une situation ou un tourment.

Car bien compris, le lâcher-prise aide à apaiser nos émotions et notre agitation cérébrale. Il est signe de progression, de libération des pensées inutiles, pouvant nous amener à percevoir certaines réalités autrement et résoudre les événements que nous jugeons désagréables.

 

Lever la confusion

Les pensées négatives, les suppositions, les jugements, les ruminations auxquels nous nous accrochons, entraînent une résistance limitant la possibilité d’améliorer une situation déplaisante et retardent le passage à l’action permettant de s’en démêler.
Cette résistance s’apparente à des tourments émotionnels éprouvés psychologiquement mais également physiquement. L’activité dense du mental parasite la réalité des choses.

En lâchant cette résistance, en se décrochant de ces pensées pesantes qui nous freinent, nous constatons de nouvelles alternatives.

Nous créons en nous un malaise en surchargeant une situation avec notre agitation mentale basé sur notre propre interprétation de cette situation. Lâcher-prise n’est pas de nier cet état mais de minimiser les ressentiments autour de lui.
En effet, sans opposition ni négativité, l’esprit acquiert une plus grande réceptivité aux solutions auparavant obstruées par la rumination mentale. Délestée de cette charge, la place est libre et ouverte à des possibilités créatives.

La positivité simulée ne permet pas l’amélioration du malaise, car en réalité cette attitude balaie temporairement nos émotions et perturbe la résolution du trouble, du fait qu’il n’y a pas de réel accord avec nous-même. Elle est comparable à un conflit intérieur inconscient.
Voir les choses telles qu’elles se présentent et non telles que nous pensons qu’elles sont, peut nous éviter d’entrer en conflit intérieur :

  • avec son mental qui génère des pensées compulsives, des jugements
  • avec son corps en créant des perturbations physiques (maux de tête, de ventre, étau dans la poitrine, nervosité).

Également en conflit extérieur, avec ce qui est en présence dans son environnement.

 

Concrètement…

Lorsque la négativité se manifeste, observons sa présence et son action sur soi. Nous constatons alors que nous collons mentalement des étiquettes sur ce qui se présente. Comme un automatisme, nous entrons dans un monde de pensées qui jugent, développent des aprioris et concepts, installent l’antipathie. Par le biais de ces étiquettes, notre esprit s’attache à un fait, se l’approprie et l’accompagne de souffrance.

“Pourquoi entretenir ces pensées ? Cela me permet-il de sortir de cet état plus facilement ? À quel résultat j’aspire en cultivant cette négativité ?”
Il n’y a pas à accepter une situation désagréable ou indésirable. Mais pourquoi y ajouter des ressentiments accentuant le malaise ?

Nous utilisons beaucoup d’énergie à construire ces pensées négatives, ces suppositions et autres jugements, au lieu de la dépenser pour se défaire d’une situation ou d’un état.
Nous nous rendons à pied à notre travail, mais la pluie nous surprend. Nous commençons à blâmer les causes extérieures “je vais être mouillé(e)”, “il fallait que ça arrive alors que je suis loin du boulot”, à élaborer des suppositions “si j’avais pensé à prendre mon parapluie”, “si j’avais regardé la météo”, amenant potentiellement à des jugements sur soi “je suis vraiment tête en l’air”, “quel(le) nul(le)”. Nous envisageons également les conséquences tout aussi négatives, comme devoir supporter des habits humides, être inconfortable, la possibilité de tomber malade, l’éventualité de moqueries. Nous apercevons également l’apparition de perturbations physiques.

En supprimant l’élaboration de ces pensées lorsqu’une situation se produit, nous libérons alors un espace mental pour agir hors de cette réactivité négative. Nous revenons à ce qui est, au présent, à la réalité des choses.
“Je fais demi-tour pour me changer et prendre mon parapluie, je serai un peu en retard mais je me sentirais plus confortable pour passer cette journée”, “Je vais prendre les transports afin de ne pas être davantage mouillé(e) par la pluie”, “Je vais m’arrêter prendre un café en attendant que la pluie cesse. J’appellerai un taxi si cela persiste”.
Aucun ressentiment pessimiste n’apparaît dans ces affirmations. Nous obtenons une acceptation de la réalité telle qu’elle se présente.

 

Au quotidien, la tendance est d’attribuer trop souvent des étiquettes négatives, aux autres, à des situations, des états, mais également à nous-même. Leurs existences alourdissent l’instant vécu et freinent notre bien-être.
Pourquoi charger davantage ce qui présente de base un caractère indésirable ? Pourquoi s’accabler et noircir de surcroît notre personnalité ?
Sans entrer dans une positivité masquant notre mal-être, nous pouvons mettre fin aux élucubrations dévastatrices de notre mental en s’abstenant de les créer.

Alors, lâchons-prise!

 

 

Ecrit par Anne-Gaëlle BERTHIER

Illustration de Bansky