HÉ OH! STOP LÀ HAUT!

Avez-vous déjà constaté ce flot incessant de pensées qui envahit notre mental à chaque instant ? Celui inondé d’idées, de réflexions, de rêveries, de spéculations, de suppositions, d’inquiétudes, d’obsessions…

Nous pouvons nous sentir dans l’incapacité de cesser ces bavardages mentaux qui agitent continuellement notre esprit et perturbent parfois nos sensations corporelles. Et pourtant…

 

Hé oh ! Stop là-haut !

Arrêtons-nous un instant sur ce flux ininterrompu de pensées et observons-le.

Nous réalisons alors que notre mental absorbe une partie de notre attention, qu’il parasite notre présent en s’interposant régulièrement lorsque nous lisons, nous cuisinons, nous travaillons, nous nous occupons de nos proches, nous profitons de la nature. Il transforme la joie et la quiétude de ces moments en troublant nos émotions.

Notre esprit plonge volontiers dans ces pensées qui animent notre créativité, relancent notre inspiration, entretiennent notre enthousiasme.
Cependant, certaines de nos pensées engendre la peur, l’angoisse voir la souffrance et influencent nos attitudes et nos humeurs. Elles conditionnent des évènements futurs dans des ressentiments que nous ne vivrons probablement pas, elles ressassent des situations passées, générant de la négativité, alors que le passé n’est plus, et le futur n’est pas encore.

Notre mental échafaude des histoires, revit des contrariétés, planifie des rencontres ou situations qui nous angoissent, engendrant ainsi des tensions tant psychologiques que corporelles. Cet engrenage de pensées nous coupe de l’instant, vécu alors en non-présence.

Par anticipation, pour se rassurer, nous inventons mentalement des scénarios futurs par crainte de ne pouvoir maîtriser nos émotions ou réactions au moment voulu. Cette peur, créée par notre mental, n’a de valeur que de nous infliger de la souffrance psychologique (peur de revivre des situations passées, peur de perdre le contrôle de soi, peur des jugements, peur de la déception ou de la contrariété) mais également physiques (tensions, maux de ventre, de tête, abattement, accélération cardiaque). Or, prenons conscience que nous ne sommes pas à même de prévoir le déroulement des futurs événements ou situations.

Il en est de même pour la rumination de douleurs ou situations passées qui assombrit régulièrement notre esprit et intègre au présent des émotions et tensions contradictoires avec le moment vécu dans l’instant.
Rejeter ces pensées ne permet pas de retrouver la sérénité du moment. Nous devons comprendre que nous créons ces souffrances émotionnelles, que nous les entretenons en les autorisant à vivre en nous et prendre possession de notre corps et notre esprit. Nous nous identifions à elles pensant qu’elles représentent qui nous sommes, cependant, elles nous figent dans un passé qui n’existe plus, freinent notre évolution vers des perspectives nouvelles, dénaturent notre présence aujourd’hui.

Il est intéressant de constater ce sentiment de peur caché derrière chaque pensée qui brouille notre instant présent. En prenant conscience de ce mental qui tourne en boucle et forge des pensées obscurcies par des émotions négatives, nous réalisons que nous ne sommes pas totalement présent à ce que l’on fait, ce que l’on vit dans l’instant qui passe.

 

Inversons le contrôle

Les souffrances passées et les angoisses futures sont là, en nous. Les laisser vivre dans le moment présent, le vrai, l’actuel, le seul espace-temps qui existe et que nous vivons, peut tâcher ce qu’il pourrait nous apporter de beau et assombrir nos ressentis positifs. Notre mental entretient ces pensées anxiogènes en immisçant le passé et le futur dans notre présent.

Notre esprit peut reprendre contact avec l’instant présent en prenant conscience de ce tourment mental qui s’est emballé en créant des scénarios, en ressassant des histoires passées, en jugeant, en s’accrochant à des peurs qui se sont produites ou que l’on imagine se manifester dans le futur. Il se distance ainsi de la pensée destructive qui perd alors de son pouvoir sur nous, les tensions éventuelles se relâchent. Nous accédons à la possibilité de la comprendre, la transformer ou l’arrêter.

Ces pensées qui génèrent de la souffrance psychologique et parfois physique, sont-elles réellement fondées ? Ont-elles la nécessité d’exister dans le présent, dans ce moment que nous vivons là, ici, maintenant ?

Revenons à l’essentiel et aux émotions que nous transmet l’instant présent. Ne laissons pas la pensée négative et oppressante polluer ce moment.

 

“Oui d’accord, mais comment fait-on ?”

Observer que nous sommes en train de penser : prendre conscience que notre mental élabore ces pensées envahissantes, établie des schémas de pensée répétitifs et apporte des bouleversements corporelles. Cette observation appelle à revenir à la réalité et installe un apaisement. Il ne s’agit pas de se couper de toutes pensées ou émotions mais de constater leur présence, de leur construction basée sur nos peurs, de comprendre que nous nous infligeons nous-même une souffrance et qu’elle ne provient pas d’une situation extérieure.

“De quoi ai-je peur ?”

La réponse viendra grâce à l’espace mental que nous avons libéré en conscientisant l’agitation cérébrale. Elle atténuera la rumination de la pensée, l’arrêtera ou nous permettra de découvrir une façon de solutionner cette peur.

Mettre en lumière l’ombre que la peur projettait sur notre mental lève le voile sur une disponibilité pour la pensée créative. Celle véritablement utile dans le moment présent, celle qui met à notre disposition une énergie positive pour vivre le quotidien tel qu’il nous apparaît, travailler avec efficacité, profiter de la sérénité de chaque moment.

  • Prendre conscience que nous ne profitons pas pleinement de ce que nous offre le moment actuel car des pensées le perturbe.
  • Une souffrance ou tension corporelle peut être un indice que notre inconscient travaille en arrière-plan et nous écarte de la réalité dont nous devrions profiter.
  • Poser un temps d’arrêt sur ce que l’on fait (finalement sans véritable présence) et mettre en lumière que notre esprit s’égare. Conscientiser la ou les pensées envahissantes.
  • Constater le lien entre les éventuels maux physiques et l’agitation mentale.
  • S’interroger sur l’origine de la rumination ou le conflit intérieur en osant la question “De quoi ai-je peur?”
  • Accepter les réponses qui viennent à nous et l’accentuation possible de la souffrance. Observer cet état offre une distance entre notre tourment et nous-même. Nous ne nous identifions plus à lui puisque nous sommes conscient de sa présence.
  • Remarquer la pression mentale et physique qui se relâche.
  • Regarder autour de soi, s’imprégner du lieu, des personnes, de l’activité entamée et ressentir les émotions que ce moment nous apporte.

 

En retrouvant notre présence dans l’instant, en acceptant que nous le perturbons avec nos peurs passées ou futures, en réalisant que ces deux espace-temps ont soit fini d’exister soit n’existe pas encore, nous découvrons ce calme intérieur et cette sérénité souvent recherchés.

 

Bénédiction irlandaise
“Que ton passé soit un doux souvenir, ton avenir plein de charme et de mystère, ton présent un moment de gloire qui remplit de joie ta vie.”

 

Ecrit par Anne-Gaëlle BERTHIER